Pourquoi mon enfant n’arrive-t-il pas à exprimer ce qu’il ressent ?
Ces situations sont familières à de nombreux parents. Face à un enfant qui pleure, se replie sur lui-même, s’agite ou se met en colère, nous pouvons nous sentir démunis. Nous aimerions comprendre ce qui se passe en lui, trouver les bons mots, lui permettre de nous dire ce qu’il traverse.
Mais un enfant sait-il toujours ce qu’il ressent ? Peut-il nécessairement mettre des mots sur ce qui l’agite intérieurement ?
Et si, parfois, il avait simplement besoin d’un peu de temps, d’une présence et d’un espace pour que quelque chose puisse se dire ?
Un enfant ne sait pas toujours ce qui se passe en lui
Les émotions font partie de la vie psychique dès les premières années de la vie. Mais ressentir quelque chose et pouvoir l’identifier, le comprendre et le raconter sont des expériences bien différentes.
Un enfant peut être traversé par une émotion intense sans parvenir à en saisir le sens. Il peut ressentir un malaise, une inquiétude ou une forme de tristesse sans savoir précisément ce qui les provoque.
Ce qui se manifeste alors ne prend pas nécessairement la forme d’une parole.
Cela peut passer par des pleurs, une agitation inhabituelle, des silences, des oppositions, des difficultés au moment du coucher ou encore des réactions qui semblent disproportionnées aux yeux des adultes.
Il serait pourtant réducteur de considérer ces manifestations uniquement comme des comportements qu’il faudrait corriger.
Elles peuvent être une manière, pour l’enfant, d’exprimer quelque chose qui ne trouve pas encore d’autre voie pour se manifester.
Derrière une émotion, il y a parfois une histoire singulière
Deux enfants peuvent vivre une situation apparemment identique et ne pas la ressentir de la même manière.
Une séparation, une dispute, un changement dans les habitudes familiales ou une remarque entendue à l’école peuvent prendre une signification très différente selon l’enfant.
Ce qui bouleverse l’un laissera l’autre relativement indifférent.
Pourquoi ? Parce qu’un enfant ne réagit pas seulement à une situation extérieure. Il la vit à partir de son histoire, de ses expériences, de ses liens affectifs, de ses représentations et de ce qu’elle vient réveiller en lui.
Une colère qui semble surgir sans raison peut parfois être liée à une accumulation de tensions, à une déception, à un sentiment d’injustice ou à quelque chose que l’enfant ne parvient pas encore à formuler.
Il n’existe donc pas de grille de lecture universelle qui permettrait de comprendre automatiquement ce que signifie une émotion.
Il est important de rester curieux de ce que vit cet enfant-là, dans sa singularité.
Faut-il toujours demander à son enfant ce qu’il ressent ?
Lorsque nous voyons notre enfant bouleversé, nous avons naturellement envie de lui poser des questions :
« Qu’est-ce qui t’arrive ? »
« Est-ce que tu es triste ou en colère ? »
Ces questions partent souvent d’une bonne intention. Nous souhaitons l’aider à comprendre ce qu’il traverse.
Mais il arrive que l’enfant ne sache pas répondre. Parfois, il ne souhaite pas parler. À d’autres moments, les mots de l’adulte ne correspondent tout simplement pas à ce qu’il éprouve.
Il peut alors être intéressant de ne pas chercher immédiatement une explication.
Plutôt que de multiplier les questions, nous pouvons simplement lui signifier notre présence :
« Tu n’es pas obligé de m’expliquer tout de suite. »
« Si tu as envie d’en parler, je suis là. »
Ces paroles n’imposent pas une interprétation. Elles ouvrent une possibilité.
Elles permettent à l’enfant de sentir qu’il peut être accueilli dans ce qu’il traverse, même lorsque cela reste encore confus ou difficile à raconter.
Le jeu, le dessin et les histoires : d’autres chemins vers l’expression
La parole n’est pas le seul moyen dont dispose l’enfant pour exprimer son monde intérieur.
Le jeu, le dessin, l’imaginaire et les histoires occupent une place essentielle dans son développement.
Un enfant peut faire parler ses personnages, inventer des aventures, dessiner une scène ou rejouer plusieurs fois une situation qui l’a marqué.
Ces productions ne doivent pas être interprétées trop rapidement comme si chaque couleur, chaque personnage ou chaque scénario possédait une signification universelle.
Elles peuvent toutefois devenir des supports de rencontre et de dialogue.
Un dessin peut donner envie de raconter une histoire. Un personnage peut permettre d’aborder indirectement une situation difficile. Une aventure imaginée peut ouvrir une discussion qui n’aurait peut-être pas été possible autrement.
L’adulte peut alors accueillir ce qui vient, écouter, s’intéresser et laisser une place à l’imaginaire, sans chercher systématiquement à découvrir ce qui se cacherait derrière chaque production.
Les livres : une invitation à parler de soi autrement
Les histoires offrent aux enfants un espace particulier.
En découvrant les aventures d’un personnage, ils peuvent rencontrer des émotions, des situations et des questionnements qui font parfois écho à leur propre vécu.
Il est parfois plus facile de parler de la peur d’un personnage que de sa propre peur. De s’intéresser à la tristesse d’un animal dans une histoire avant d’évoquer la sienne.
L’identification peut ouvrir un chemin vers la parole, mais elle n’est jamais automatique.
Un enfant peut être touché par une histoire sans souhaiter en parler. Un autre pourra y revenir plusieurs jours plus tard. Un troisième inventera sa propre interprétation.
Et c’est précisément ce qui fait la richesse de la rencontre avec un livre : chaque enfant peut y trouver quelque chose qui lui appartient.
À travers mes créations jeunesse, j’ai souhaité proposer des supports qui invitent à explorer les émotions, à observer, à imaginer et à échanger.
Il ne s’agit pas d’apporter une réponse toute faite à chaque émotion, mais d’ouvrir un espace où l’enfant peut découvrir et exprimer quelque chose de son propre monde intérieur.
Accompagner son enfant, sans vouloir tout comprendre immédiatement
En tant que parents, nous aimerions parfois disposer des clés pour comprendre immédiatement ce qui se passe dans la tête et dans le cœur de notre enfant.
Mais accompagner un enfant, ce n’est pas nécessairement trouver une explication à tout.
C’est aussi accepter qu’une partie de son vécu nous échappe, qu’il ait son propre rythme et qu’il ne puisse pas toujours mettre des mots sur ce qu’il traverse.
Cela ne signifie pas rester sans agir lorsque l’enfant semble en difficulté. Si ses manifestations de souffrance persistent, s’intensifient ou perturbent son quotidien, il est important de pouvoir en parler avec un professionnel.
Mais dans les moments ordinaires de la vie, nous pouvons déjà lui offrir quelque chose de précieux : une présence attentive, une écoute qui ne juge pas et la possibilité de parler lorsqu’il sera prêt.
Un enfant n’a pas toujours besoin qu’on lui explique ce qu’il ressent. Il a parfois surtout besoin de rencontrer quelqu’un qui accepte de l’écouter, sans décider à sa place de ce qui se passe en lui.
Et si nous laissions aussi une place à ce qui ne se dit pas encore ?
